Bikacho Shinshi Kaikoroku © Moyoco Anno/Cork All rights reserved.

Paris, début du XXe siècle. Colette travaille dans une maison close où ses journées consistent à satisfaire les moindres fantasmes de ses clients. Elle et les autres filles se soutiennent, s’entraident, connaissent des joies mais aussi des peines. Pour échapper à ce quotidien d’oiseau en cage, la seule source de bonheur de Colette se niche dans ses rendezvous avec Léon, sans être sûre que cet amour soit réciproque. Alors, lorsque ce dernier ne vient plus la voir, le désespoir s’empare d’elle... Bienvenue dans ce lieu où s’entremêlent rêves de liberté et espoirs déchirés...

MOYOKO ANNO

CHAPITRE

écoutez-moi, s’il vous plaît, et ne soyez pas surprise... à vrai dire... il se trouve que j'ai des goûts... soyez sans crainte ! ... très, très pervers.

Tous ceux qui fréquentent notre établissement sont pareils !

oui... ha ha... oui, enfin... sadomasochistes, c’est ça ? je comprends. Je goûte moi aussi le fouet, la corde... mais mes plaisirs à moi n’ont pas cette dimension si commune. ne vous inquiétez pas, allons. C'est si courant de penser ainsi qu'on pourrait dire que ceux croyant avoir des pratiques déviantes sont des gens ordinaires... vous pensez ? mais, vous savez... les vrais pervers, ce sont ceux qui se pensent respectables ! ho là, ho là. je vois, monsieur, que vous avez l’air d’apprécier la compagnie de notre Colette.

il est temps de monter, allons. sachez que cette petite, on se l’arrache. voyez cette peau soyeuse d’ivoire... demandez ce que vous voulez et elle saura exaucer le moindre de vos désirs. madame ! avec votre permission... j’aurais une faveur à vous demander. QU’EST-CE QU’UN PERVERS ?

ce que j’ai fait avec les clients... ah, excuse-moi, mignot. sois sympa, éteins. ça suffit, maintenant... qu’est-ce que t’écris ?! je note… ce que j’ai gagné et dépensé aujourd’hui... colette, la lumière me gêne. voilà... C'EST CELUI QUI, TEL UN AVEUGLE TÂTONNANT UN VASE POUR EN COMPRENDRE LES MOINDRES RELIEFS... A SU TRACER LES FORMES DE SON PROPRE DÉSIR... POUR EN DÉTERMINER LES CONTOURS PRÉCIS.

aujourd’hui, j’ai eu un pépé et puis cet habitué du triolisme. le pépé a joué au bébé et a fini en souillant sa couche. au fait, hier, j’en ai eu un qui m’a demandé de l’enrouler tout entier dans des bandes mais en lui laissant la bite à l’air. j’inscris leurs goûts, pour ne pas oublier et leur faire plaisir la prochaine fois. y en a qui vont pas bien, j’te jure ! bon... allez, on dort. faudra encore gagner notre bif demain. NOUS SOMMES ICI...

DANS UNE MAISON CLOSE... UN “LUPANAR”. MAIS BON, CE N’EST PAS LE PIRE ICI... C’EST CE QUE JE ME DIS, APRÈS TROIS ANS DE SÉJOUR. ET PUIS... JE PENSE QUE TOUT, DANS CE MONDE, EST FAIT DE TELLES HISTOIRES... ET ÇA ME PERMET DE SUPPORTER TOUT ÇA.

fwaaah ! dis, y a quoi au menu, aujourd’hui ? jambonneau, longanisse et salade de haricots. quoiii ? y a pas de caille, alors ?! L’INQUIÉTUDE SURGIT PARFOIS... DERRIÈRE TOUT ÇA... COMME UN ABÎME SANS FOND... MAIS BON, JE PARVIENS À TROUVER LE SOMMEIL EN M'ENFONÇANT DANS MON OREILLER.

QUAND J’ÉTAIS GAMIN, MON PÈRE M’OBLIGEAIT CHAQUE SOIR À LUI LUSTRER LE CRÂNE. “madame, contentez- vous de rester debout ici.” l’avocat, il a fait comme ça... colette, la partouze d’hier... celle à trois, t’en étais, hein ? comment c’était, avec la mère maca ? pas de chance, j’ai rien fait... et c’était plutôt une partouze à quatre. de quoi ? explique-toi !

IL ÉTAIT PARFAITEMENT CHAUVE‚ UNE VRAIE UNE VRAIE BOULE DE BILLARD‚ ET IL EN ÉTAIT FIER. “À TOI DE JOUER.” “ALLEZ, FROTTE‚ EDGAR… TON VISAGE DOIT SE REFLÉTER DESSUS.” PAPA DISAIT… JE ME METTAIS À GENOUX DERRIÈRE LA CHAISE PATERNELLE… JE BAISSAIS LES YEUX SUR SON CRÂNE. CHAQUE SOIR APRÈS DÎNER‚ MA MÈRE ME PASSAIT UN CARRÉ DE FLANELLE GRISE… ET ME DISAIT AVEC UN LARGE SOURIRE…

C’ÉTAIT INTOLÉRABLE ET J’IMPLORAIS PAPA EN CRIANT “J’AI MAL !”. MAIS‚ INVARIABLEMENT‚ IL ME IL ME RÉPONDAIT… LORSQU'ON PREND UNE PAUSE‚ APRÈS‚ LE STIMULUS REPREND À CHAQUE FOIS DE PLUS BELLE. VOUS LE SAVEZ SANS DOUTE‚ MAIS AVEC LA DOULEUR… JE BOUGEAIS POUR ME SOULAGER MAIS ÇA NE DURAIT JAMAIS. EN FROTTANT CONTRE LE BORD EN BOIS. MES GENOUX NE TARDAIENT PAS À ME FAIRE MAL… “ZISH ZISH”‚ FAISAIT LE TISSU SUR SA PEAU. ET JE FROTTAIS BIEN EN MESURE… LA CHAISE‚ ELLE‚ FAISAIT FAISAIT “TAC TAC” SUR LE SOL DE PIERRE. “S’IL TE PLAÎT‚ LAISSE-MOI METTRE UN COUSSIN SOUS MES GENOUX.”

T’EN FAIS PAS‚ FISTON. TU TE SENTIRAS MIEUX BIENTÔT ! sacrée règle ! un sacré vicieux et fier de l’être. j’ai craqué pour le paternel !

qu’est-ce que vous lui trouvez, vous... à ce voyou ivrogne, ce gigolo bon à rien ?! n’empêche... c’est mieux que de n’avoir personne. bah, la plupart des gigolos le sont : voyous, bons à rien... et montés comme des ânes. g c’est léon ? elle l’a dans la peau, celui-là. ça fait envie... qu’y a-t-il ? colette ? HA HA HA !

...

dis donc ! colette... ... pour me demander de l’argent, hein ? tu... tu es venu... allumer un mec et le repousser, c’est une attitude de pisseuse qui tapine, ça.

écoute- moi bien. je suis sur un gros coup pour lequel je cours partout. si j’ai pas vingt mille balles illico sous la main, je risque de me faire descendre. c’est pour ça que je suis venu te trouver... non... laisse tomber. en fait, je ne veux rien... même si c’est toi qui le proposais... combien ? ...

si ça te rapporte, alors rembourse-moi. je serai en mesure de racheter ta liberté. ce coup-ci, y a un beau pactole à se faire. en fait, je voulais garder ça secret... et d’abord, c’est pour toi. hum...

! quoi ? qu’est-ce que tu viens de dire ?! c’est pas vrai, hein, léon ? c’est vrai, je t’assure. POUR LA PREMIÈRE FOIS, IL ALLAIT UTILISER CET ARGENT POUR MOI.

on s'envolera, tels deux papillons et on ira ensemble à venise. MES JOURNÉES SONT GRISES COMME CELLES DE L’HIVER EN MONTAGNE, ET LÀ, C’EST UN RAYON DE LUMIÈRE QUI SE PROFILE À L’HORIZON... MÊME S’IL NE S’AGIT QUE D’UNE PETITE BRAISE.

colette. je t’aime. vingt mille... je... je pourrai jamais... mais mille peut-être, je peux me débrouiller. ÇA ME DONNE LE VERTIGE.

QUAND LÉON ME LE DEMANDE, JE LAISSE TOUT EN PLAN, PRÊTE À TOUT... ah... idiote ! t’es vraiment stupide ! je reviens tout de suite. PAS ENCORE PRÊTE ? je vais demander à la patronne de m’avancer ma semaine. reste là. POUR SATISFAIRE SES DÉSIRS.

encore à vouloir lui avancer du fric, hein ? ne t’en mêle pas. si, je m’en mêle ! tiens, vise donc un peu derrière ma tête... regarde. t’es toute ébouriffée... ça me fait l’effet d’avoir perdu la moitié de ma tête par- derrière... pire, ma tête entière ! mon corps et ma tête fondent de plus en plus. ça diminue chaque fois que je couche avec un homme. en apparence, oui, mais c’est tout ! elle est bien là. t’inquiète pas...

mais faut pas que je m’évapore... sinon... comment je reverrais cet homme ? par m’évaporer... je vais finir... EST DÉCONNECTÉE DE LA RÉALITÉ... ELLE VIT DANS UN RÊVE. je me sens de plus en plus usée. DEPUIS QUE CARMEN... ET CE RÊVE... SE MÊLE, ÉPERDU, À L’ATMOSPHÈRE DE LA MAISON... SE RÉPAND... FLOTTE... COMME UNE FUMÉE LÉGÈREMENT POURPRE...

ET DEVIENT UNE ÉMANATION. bienvenue à l’Œuf de la nuit ! vous voilà donc, monsieur willy. tiens... tu es là, colette ! madame ! s’il vous plaît ! je voudrais causer argent... oh, c’est pas le bon moment, tu as un client.

je n’ai pu oublier la séance d’hier... pour- suivons-la. je sens en moi des charbons ardents... AH... bonjour, colette. CETTE ÉMANATION CONSTITUE LE PRÉSENT RÉCIT...

RÉCIT POUR LEQUEL IL FAUT UN DÉCOR. L’INTERPRÈTE GAGNE LA SCÈNE PAR UN ESCALIER SÉPARÉ... ET IL ATTEND LE CLIENT, FIN PRÊT.

JEAN, LE BALAYEUR QUI JOUE LE RÔLE DU PÈRE, S’EST ENGAGÉ À NE PAS DIRE UN MOT. MADAME EST LA MÈRE ATTENTIVE. ... ... ouch !

... gh... haaa ! JE VAIS TE FAIRE RELUIRE, TU VAS VOIR ! MERDE ! QUANT À MOI, LE SUIS “LA PUTE QUI FAIT POIREAUTER SON JULES”.

SI LE CLIENT NE JOUIT PAS PLUS VITE ET QUE JE NE VAIS PAS DONNER L'ARGENT À LÉON, IL RISQUE DE REPARTIR. OU PIRE ENCORE... j’en peux plus ! ... haaa ! irrésistible crâne chauve !

OU BIEN IL IRA REJOINDRE UNE AUTRE. IL NE REVIENDRA PEUT-ÊTRE JAMAIS PLUS... MAIS...

C'EST PEUT-ÊTRE LÀ LE RÔLE... QUE J'AI CHOISI D'ENDOSSER.

En librairie le 15 novembre Bienvenue dans ce lieu où s’entremêlent rêves de liberté et espoirs déchirés...

Déjà disponible en librairie Découvrez l’œuvre originale à l’origine du film éponyme. Une histoire cruelle aux illustrations sublimes nées sous la plume acérée de Moyoco Anno.

Vous êtes fans de nos mangas ? Rejoignez-nous sur nos pages Facebook, Twitter et Instagram pour suivre toute l’actualité de vos séries préférées, mais aussi partager vos avis et participer à des concours exceptionnels. Pika Édition, la passion du manga ! Et pour ne rien rater, inscrivez-vous à notre newsletter !

Titre original : Bikacho Shinshi Kaikoroku Vol 1&2 Copyright © Moyoco Anno/Cork All rights reserved. French translation rights is granted by Moyoco Anno licensed through Cork, Inc.. Traduit du japonais par : Jacques Lalloz Adaptation graphique : Docteur No Maquette de couverture : Noëmie Chevalier Suivi éditorial : Manon Cousin Direction éditoriale : Mehdi Benrabah Édition française © 2023 Pika Édition ISBN : 978-2-8116-7482-3 ISSN : 2112-9118 Dépôt légal : novembre 2023 Achevé d’imprimer en Espagne par UNIGRAF en novembre 2023 Tous droits réservés. Reproductions, téléchargements et diffusions interdits.

RkJQdWJsaXNoZXIy ODQwMzA=