Pria, vengeance de l'abîme

le 31 Janvier 2017 par Chrissouu
Nom : Pria
Age: 19 ans
Ville : Agde (France)
Ce qu'elle aime : La mode, les chouquettes, son téléphone
Ce qu'elle déteste : Son travail, les chats
Objet Magique : Torquem obscuri
Phobie : Nyctophobie

Candy Club, 1H23.
La musique cogne contre les parois de la boîte de nuit. Elle résonne, elle fait même écho jusque dans la tête de ses accoutumés. Si d'habitude elle adoucit les mœurs, dans cette pénombre moite aux relents de vodka et de gin tonique, elle les excite. Et tout le monde danse, la foule hurle, les néons vomissent leur lumière aveuglante. Il y a des basses et du son à s'en faire éclater la cervelle, il y a des flaques, au sol, mélange de sueur et de verres renversés. Même les quelques plantes posées ci et là dégoulinent leur envie de crever. Pria ne le voit pas, de prime abord, mais elle sait que tous ceux qui viennent traîner dans ce club miteux de périphérie sont des perdus. Des personnes dont les cœurs ont sombré dans la décadence et parfois même... dans la luxure. Il n'est pas rare qu'on entende des gémissements, consentants ou pas, dans les renfoncements des murs, dans les coins sombres, ou même dans les toilettes. Ce soir-là, Pria ne danse pas. Comme tous les soirs, d'ailleurs. Elle est simplement là, accoudée au bar. Elle ne vit pas, elle survit. Son sourire s'est effacé, comme gommé de son visage fin. Elle est coquette, Pria, elle se pare de ses plus belles tenues lorsqu'elle part travailler. Elle ne laisse rien au hasard. Pas un trait de maquillage de travers, pas un gramme de fond de teint en trop, pas un cil rebelle. Rien. Rien, à part son sourire. Le rouge à lèvres ne suffit pas toujours à garder les masques intacts, en particulier celui de notre Pria. Elle, ce qu'elle rêvait, c'était le mannequinat. Pas pour devenir un cintre sur lequel on poserait des vêtements, non. Pria avait plus d'ambition. Elle ne voulait pas ressembler à ces femmes si laides, si maigres, si peu désirables qu'elles déclenchent souvent des scandales dans la presse à cause de leurs infinités de listes de règles à respecter à la lettre. Non, décidément pas. Pria est belle, Pria est forte, Pria n'a pas peur de briser les codes et de s'affranchir de certaines lois séculaires de beauté. Elle vaut mieux que ça, elle voudrait croquer le monde et le plier à sa propre vision des choses. Elle aimerait qu'il soit comme elle l'entend, parce qu'elle en est sûre, elle l'entrevoit de la meilleure façon qui soit. Mais en attendant, elle est là. Elle sert des verres, mais jamais des sourires. Elle dit bonjour, mais jamais au-revoir. Parce que ceux qui sont là, qui viennent se déhancher sur le dancefloor, elle voudrait bien ne plus jamais les revoir, justement.
Et c'est à cette heure-ci, à 1H23 que tout a basculé pour elle.
— Pria ? Pria, bordel !
C'est son patron, Bob Donovan.
Elle sort de ses songes, de ses mouvements lents, répétitifs et robotiques, et daigne jeter un regard à son boss.
— Les chiottes sont encore bouchées ! Vas-y, et grouille !
Oui, en plus d'être barmaid, Pria est aussi femme à tout faire. C'est aussi ça, la vie, pour Pria. Elle n'a jamais protesté, jamais rien dit. Quand on veut garder son emploi, on se tient à carreau, on courbe l'échine et on met les mains dans le cambouis. Eh bien, tous les soirs, c'est ce qu'elle fait, notre Pria. Elle n'aime pas ça, mais que voulez-vous ?
Et encore une fois, ce satané sort s'abat sur elle. D'abord il brise ses rêves de mannequinat, il met en miette ses espoirs d'une vie meilleure et la condamne à la précarité, et ensuite, ça... Non, il ne s'agit pas que de déboucher les chiottes, ce soir. Pourtant, c'est bien ce qu'on lui demande, mais dans quelques minutes, sa vie va basculer dans un abîme sans fond duquel elle ne remontera peut-être jamais.
Agacée, Pria se saisit de la ventouse et descend les quelques marches qui séparent le bar de la piste de danse. Sans un regard amical, sans une pensée saine en voyant ce tas de veaux qui se dandinent ridiculement. Sans même un soupçon d'empathie pour ces égarés. Elle marche, elle trace son chemin dans la pénombre du Candy Club.
— Hé, salut ma belle, tu vas où avec ta ventouse ? gueule un bonze pour se faire entendre en couvrant la musique.
Elle ne se retourne pas.
Encore quelques marches, et elle sera aux toilettes.
À l'intérieur, une odeur dégueulasse lui saute aux narines. Ça lui en soulèverait presque le cœur tant c'est immonde. Elle a vraiment envie de rendre son repas, là, sur le sol.
Tout est sombre, il fait noir. C'est laissé ainsi exprès. Le patron sait bien que les clients viennent ici pour leurs petites sauteries, pas seulement pour boire et danser. Les toilettes, peu les utilisent pour pisser.
C'est là, c'est cette foutue porte juste devant-elle. Pria le sait puisqu'elle marche dans une flaque dont elle ne veut pas savoir de quoi elle est précisément composée.
En soupirant, elle tourne la poignée, et elle commence à s'activer avec sa ventouse.
Elle a des haut-le-cœur, elle ne veut même pas savoir ce qu'elle fait remonter à la surface. Des excréments ? De vieux préservatifs ? C'est pourtant marqué sur l'emballage : ne pas jeter dans les toilettes. C'est pourtant pas compliqué.
Et une deuxième fois, la porte numéro 7 des toilettes s'ouvre pour laisser entrer une autre personne.
Pria soupire.
— N'entrez pas, je suis en train de déboucher.
— Je sais ma belle, je me doutais bien que c'était là que tu allais, avec ta ventouse.
Pria est assez connue, dans la boîte. Tous s'accordent à dire qu'elle est belle, désirable et farouche. Ce qui, de surcroît, la rend peut-être encore plus attirante. Et l'un d'entre ces types qui se trémoussaient avec leurs verres pleins a décidé de franchir le pas. Il a trouvé le bon endroit, le bon moment.
— Casse-toi ou j'appelle la sécurité, ils vont te dégager illico prest...
Le type lui plaque une main sur la bouche. Il est très clair dans ses intentions. Il fait noir, la faible lumière s'éteint. Elle se débat, rien n'y fait. Sa force musculaire l'écrase, l'opprime. Elle se sent faible, impuissante. Elle aimerait être puissante, notre Pria. Elle aimerait pouvoir le dégager d'un coup de poing et lui faire traverser la porte pour qu'il s'écrase dans la rangée de miroirs rectilignes en face. Mais non. Pria a beau être forte mentalement, elle ne l'est pas assez physiquement pour résister à ce qu'on appelle communément un viol. Et ce n'est sûrement pas les autres bonzes qui font elle-ne-sait-quoi dans les cabines d'à côté qui vont venir l'aider. Pourtant, elle appelle. Mais ses cris s'étouffent dans la main dans son agresseur. Elle tape contre la cabine, mais tout va si vite, tout est si noir, tout est si violent. Les parois ont beau faire caisse de résonance à son agression, rien n'y fait. Et ce soir là, quelques minutes plus tard, alors que son violeur s'enfuit en se marrant, quelque chose vient de se briser en Pria. Elle est là, notre pauvre Pria, un genoux et demie dans la pisse d'un paquet de mecs qui n'ont même pas été foutus de viser dans la cuvette. Sa robe est sale, trempée, son mascara a coulé. Elle pleure. On aimerait la prendre dans nos bras, lui dire que tout va bien se passer, mais non. On sait que c'est faux. Ce genre de blessure ne cicatrice jamais.
Alors, à la fin de son service, Pria rentre chez elle, la mort dans l'âme. Elle jette des regards inquiets, derrière-elle. Elle frémit au moindre bruissement, au moindre rire gras et masculin qui viendrait d'un coin sombre autour de la boîte. Elle se dépêche, elle se met au volant et se grille une clope qui file à la vitesse de la lumière. Elle pleure encore. Elle pleure toutes les larmes de son corps, parce que ce qui vient de se passer ne sera jamais effacé, et elle le sait. Elle aimerait avoir bu pour ne plus jamais s'en souvenir, mais encore une fois, non. Pria est sobre, Pria est morte à l'intérieur. Pria n'a plus qu'une idée en tête : retrouver celui qui lui a fait ça, et lui faire payer.
Les semaines qui suivent, il s'est opéré en elle un schisme vicieux. Son être s'est divisé en deux : la haine et la tristesse. Elle le sait, il n'y a pas assez de place pour ces deux sentiments. Oui, elle le sait notre Pria, l'un des deux va devoir dégager. Et à la fin, il n'en restera qu'un, et c'est celui-là qui l'animera pour le restant de ses jours.
Elle est torturée toutes les nuits par cette voix quand l'obscurité vient. Elle aurait dû y faire attention, elle aurait dû prendre garde, elle en vient même à culpabiliser. Et nous, on aimerait la secouer : « Pria, ce n'est pas de ta faute. Pria, réveille-toi, bordel ! Défends-toi, la vie c'est un match de boxe, tu peux encore te relever ! »
Mais elle n'a pas besoin de nous pour ça. Ce petit bout de femme est coriace, et comme susdit, elle résiste à la vie. Mais quand même, elle dort avec la lumière allumée, maintenant. D'ailleurs, tout est éclairé, dans sa maison. Il n'y a plus une parcelle d'ombre. La seule ombre, maintenant, c'est en elle qu'elle loge.
Et puis il y a ce rêve, ce rêve étrange dans lequel elle se revoit encore et encore dans la boîte de nuit. Elle se revoit devant la porte, mais elle n'ose pas la pousser. Pourtant, sur la poignée, elle peut entrevoir un petit quelque chose qui scintille. Mais jamais elle n'ose s'en saisir. Jamais elle n'ose rouvrir la porte. Elle fait de drôles de rêves lucides, notre Pria.
C'est un carcan, pour elle. Elle se réveille toutes les nuits, toutes les heures, même, en sueur, en pleurs. Quelque chose l'appelle, dans ce rêve. Quelque chose incite son cerveau cruel à lui refaire vivre encore et encore cette noire soirée.
C'est une torture du quotidien.
Et puis un jour, elle s'en saisit, ne voulant plus revivre cette scène. Oui, Pria a pris l'objet à pleines mains, c'est un collier. Elle a senti quelque chose la traverser, une puissance immense et une haine démesurée. De mystérieuses marques noires ont commencé à se métastaser sur sa peau et ses yeux s'injectèrent de cette même couleur profonde. Pria a soif, oui, mais pas de boisson, pas de liqueur. Pria a soif de vengeance. Elle le sent, ce collier peut tout changer. Elle sait que, maintenant, elle n'aura plus jamais peur du noir. Elle sait qu'elle ne fait plus qu'un avec celui-ci. Que le noir, c'est elle. Elle est l'absence de lumière, elle est l'absence de joie et d'humanité. Pria s'est libéré de sa prison psychique, mais elle ne remonte pas l'abîme, non. Elle le brise. Elle en brise les murs, elle les fracasse morceau par morceau. Et c'est cet espoir de vengeance qui l'anime, aujourd'hui. Oui, elle le sait maintenant, ce n'est pas la tristesse qui a gagné, c'est la haine. Elle n'est plus divisée, elle est entière. Elle ne forme plus qu'une seule et même entité destructrice qui, par la force de son esprit, a réussi à plier l'obscurité à sa volonté. Elle a de nouvelles ambitions, notre Pria, mais elle a bien changé.
Elle pousse la porte numéro 7. Ce ne sont pas des toilettes, c'est un passage qui s'ouvre devant-elle.
Maintenant, c'est à ce sale type d'avoir peur du noir...
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